La journée fut particulièrement belle. Nous avons quitté Vipula sur les coups de 8h du matin ; Puren nous avait annoncé quatre heures de marche et nous sommes arrivés à Raru à 14h15 ! Comme à l'ordinaire, nous avons pris notre temps, préférant jouir du paysage et marcher sans effort plutôt qu'arriver tôt et attendre l'heure du repas. La chance nous a souri : dès le début de journée, nous avons rencontré un petit troupeau d'ibex, à 5 mètres, environ, sur la montagne. Ce sont les cailloux qu'ils faisaient tomber en se déplaçant qui ont trahi leur présence...
Nous avons ensuite rencontré les premiers groupes d'ouvriers qui construisent la route, la fameuse route qui mettra fin aux treks... Et que nous détestons déjà ! Aujourd'hui, nous pouvions l'éviter car elle ne remplace pas le chemin mais nous entendions au loin les engins... La douce quiétude himalayenne était mise à mal. Ces ouvriers viennent le plus souvent du Bihar, un état pauvre qui ne connaît pas les températures du Zanskar ; les pauvres sont emmitouflés dans des vêtements insuffisamment chauds. Ils dorment entassés dans des tentes et ne mangent vraisemblablement pas assez à en voir leur chétive silhouette. Quelques chèvres bêlent aux alentours de leur campement qui serviront sans doute de repas à la prochaine fête hindoue. Ils arrivent ici par convoi militaire pour trois ou quatre mois.
Nous avons quitté le chemin le temps de monter jusqu'au magnifique village d'Ichar, construit sur un éperon rocheux, et environné de fraîches "oasis". Il me rappelait nos villages médiévaux servant jadis de forteresses... Malgré les appels au lama, nous n'avons pu en visiter le gompa, mais nous avons pu voir une statue de Chenrezig en grimpant sur les toits par des échelles de bois, en suivant une vieille femme au visage ridé.
Près de la rivière, nous avons vu les premiers moulins à grain ; ils fonctionnent à l'eau et appartiennent à une personne qui en permet l'usage aux villageois moyennant une taxe, le plus souvent en farine d'orge.
Dans les champs, les villageois ramassaient les petits pois et arrachent l'orge. Ils nous saluaient parfois en lançant des "bonjour" qui nous ont surprises !!! Le Français est populaire dans cette région reculée du monde...
A Raru, avant d'atteindre le campement au bord du lac, nous avons pris le temps d'un thé dans une petite gargotte ; les gérants étant absents, c'est un moine qui préparait le thé et tenait la boutique. Il remplissait sa tâche avec application.
Le camp est agréable : non loin du lac coule une rivière où nous faisons notre lessive et prenons un "bain" ; les vêtements sèchent accrochés aux arbres et nous profitons des 30°C que nous offre la saison...
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